Chaque année, en Afrique du Sud, des milliards et des milliards de sardines se regroupent en bancs qui peuvent atteindre plusieurs km de long. Et autour de ce banc, des quantités faramineuses de prédateurs accompagnent le mouvement,, et se gavent de sardines: dauphins, thons, requins, baleines, oiseaux...C'est le Sardine Run. Et nous, nous sommes à côté de tout ça.
Bien longtemps que ce rêve nous anime, et cette année nous avons enfin pu venir. Plus de 30 heures pour arriver à destination, ouf ! L'Afrique reste l'Afrique avec comme mot d'ordre : "rrrrrelax!" Le lendemain encore 6 heures de voiture et nous voilà à Port saint John's, lieu de nos plongées pendant 5 jours.
C'est l'hiver ici. Quelques petits degrés le matin, les polaires sont les bienvenues et en plus Harry a oublié son seul pull dans le taxi. Embarquement dans le zodiac, mais avant d.arriver en pleine mer, on nous sangle les pieds au bateau, obligation de mettre les gilets de survie et interdiction de se lâcher les 2mains, ça promet pour franchir la passe aux vagues hautes comme des maisons!
Cela fait, et bien c'est parti à la recherche des fameux "bowls"de sardines. Pour ça, et bien il faut avancer , toujours avancer, et repérer les oiseaux qui doivent se regrouper au dessus des bowls.
Mais c'est que c'est grand l'océan! Et qu'on aura beau sillonner sa surface de 8h à 16h........nothing de nothing,sinon les tas de dauphins qui nous escortent sans cesse; immense déception en ce premier jour, mais bon...il nous en reste 4! Demain sans doute...
2° jour: action commando, lever avant le soleil,
petit dej qui tient au corps: œufs frits, rognons en sauce, haricots blancs sucrés, blurp! Puis il faut renfiler les combinaisons mouillées qui au vu de l'humidité ambiante sont dans l'impossibilité totale de sécher . Rebelotte pour franchir la passe en espérant que le bateau ne se retournera pas, et puis vogue, vogue.....encore pire qu'hier! On croise bien des oiseaux en l'air et en dessous les dauphins qui chassent , mais ce ne sont pas les bons Dauphins, ceux là (les longs nez) se contentent de se servir quand ils trouvent un banc alors que les dauphins communs se chargent d'envoyer vers les sardines des bulles qui les obligent à se rassembler . Dégoûtés.....Demain sans doutes...
3° jour: toujours un grand ciel bleu mais la mer est drôlement agitée . Malgré mon patch anti mal de mer, je passe la journée à vomir les saucisses bien grasses du petit dej, sans pour autant attirer les poissons... Aujourd'hui en plus des troupeaux de dauphins qui nous escortent , on arrive à approcher plusieurs baleines qui acceptent notre présence . Il faut rajouter que la visibilité est quasiment nulle et que je ne vois que la queue de celle qui sonde devant moi. Bref, plaisir de voir ces magnifiques créatures dont certaines se livrent à un véritable show pour nous, mais de sardines....pas l'ombre d'une...Demain sans doute...
4° jour : le ciel est tout gris, ce qui est fait pour remonter notre moral et nous donner encore plus froid! La découverte du matin est une baleine morte qui flotte au large, sûrement heurtée par un bateau. Ses intestins plein de gaz n'ont plus assez de place dans son corps et sortent par sa bouche dans une énorme poche noire.
Quelle pitié de voir ça, et encore plus certains plongeurs qui n'hésitent pas à escalader ce cadavre pour se faire prendre en photo. Même pas honte... On repassera à côté plus tard en espérant voir les grands requins festoyer, mais rien!! Où sont-ils donc tous?
Toute la journée notre bateau ne cesse de faire des km dans tous les sens, communiquant avec les autres groupes; à chaque fois que le capitaine pense que quelque chose peut être intéressant, il nous propose de nous mettre à l'eau...pour remonter 5minutes après. Ça devient vite fatigant et lassant. En fin de journée, quelques dauphins tournent autour du bateau, quand on nous propose d'y aller, tout le monde se regarde en soupirant, et je suis la seule à tenter le coup. A peine ai-je posé mon masque à la surface que j'en vois une bonne vingtaine au dessous de moi.
Dès qu'ils me voient ils viennent tous vers moi en sifflant, chantant, ils m'encerclent, me frôlent, passent sous moi qui suis folle de joie, il en arrive de tous les côtés , en surface, du fond. Ceux qui sont restés sur le bateau me diront qu'il y en avait une centaine autour de moi, waow! Je chante avec eux dans mon tuba, c'est trop géant .
Mais malgré la magie du moment, ce sont les sardines que nous sommes venus voir, demain sans doute...
5° jour: c'est notre dernier jour ici, il faut que ce soit le bon! La mer est à nouveau bien agitée, mon estomac n'en peut plus d'être ainsi malmené. On se prend des trombes d'eau sans cesse. Par contre aujourd'hui beaucoup d'oiseaux et de dauphins communs. Les oiseaux piquent vers la mer comme des torpilles et ressortent avec des sardines dans leur bec. Les dauphins sont visiblement très agités et il y en a partout. En ce dernier jour, allons-nous enfin être exaucés?
Le pilote fait de son mieux, et nous emmène au plus près de l'agitation , mais dès que nous nous mettons à l'eau, elles partent plus loin, alors on se hisse sur le zodiac, on refait 500 mètres, on se rejette à l'eau, elles vont plus loin, on remonte, etc, etc....ça devient épuisant et décourageant. On fait ça pendant des heures, sans succès , jusqu'à crier grâce et vouloir rentrer... Dans l'action je réussis à perdre une palme qui coule à pic dans les profondeurs, la série continue.....
Et non, pas demain, sans aucun doute puisque nous partons tôt le matin.
Bien sûr, dans ce type de voyage, on sait très bien qu'il y a une grande part de hasard, que la nature n'est pas un zoo, mais cependant nous avions quand même choisi la meilleure période, et toutes les conditions auraient dû y être. Pas la faute du pilote non plus car tous les autres bateaux sont dans le même cas. La déception est immense...
Mais si c'est fini avec les sardines , il nous reste quelques plongées à faire avant de repartir, on va voir, on n'ose même plus faire de prévisions.
Le soir et la nuit: tempête, plus d'électricité, des averses sur nos affaires à sécher , dommage pour nous quand on sait qu'il ne pleuvait pas depuis plusieurs mois...
Retour vers Durban sous la pluie, avec un arrêt de 2 nuits à Ukomaas pour normalement faire 2 plongées .
Nous partons encore à l'aurore pour y arriver suffisamment tôt et essayer de négocier une 3° plongée. Je me lève avec non pas un chat mais un lion dans la gorge, toutes griffes dehors: une bonne angine, résultat probable de ces heures à grelotter dans la combinaison mouillée. Tout va bien. Apres 5 heures de route, nous arrivons directement au club de plongée, le pilote nous annonce que le vent est trop fort et qu'il est trop dangereux d'aller en mer, c'est ballot non?
le soir on se console avec quelques langoustes et du vin blanc sud africain, bonne idée car ça m'anesthésie bien la gorge
Matin suivant, debouts 5h30, (vive les vacances) car il faut partir au plus tôt pour avoir un maximum de chances. Le bord de mer est déchaîné, encore une fois sanglés et emmitouflés pour passer avec le bateau.
Arrêt au large, estomac en vrille surtout quand ils sortent un tambour de machine à laver plein de sardines pourries pour le virer par dessus bord. Il ne s'agit pas de nourrir les requins mais juste de les appâter avec l'odeur, et ça marche puisqu'ils sont une vingtaine de requins bordées à tourner autour, des bestioles entre 2 et 2,5 mètres qui s'excitent là autour, ils se faufilent entre les plongeurs sans même nous calculer, nous faisant quand même sursauter quand ils nous cognent les palmes ou les jambes! On se permet d'en caresser tellement ils sont proches, so exciting!!
Apres une heure en leur compagnie, il faut penser à remonter. La 2° plongée se fait un peu plus loin avec des requins taureaux, à la gueule vraiment patibulaire avec leurs dents dans tous les sens, mais très timides.
Quant à la 3° plongée espérée de la journée, trop de vent, trop dangereux...et une de plus...unfortunately
Nous quittons cet endroit le lendemain matin direction Le Cap cette fois, un petit saut en avion de 2000 km, pour y finir notre fabuleux séjour. Le programme est vraiment alléchant , je trépigne à l'idée de ce qui nous attend.
Je ne m'attarderai pas sur les déboires à l'arrivée , style notre chauffeur ne sait pas à quel hotel il doit nous déposer ( et nous non plus...), ni où se trouve le club de plongée...
Bon finalement ,le lendemain matin il nous faut faire le trajet à pied, puisque rien n'est prévu pour nous transporter, et la distance est assez longue. Tout le groupe traverse la ville en combinaison de plongée, on a la chance de ne pas se faire interner.
Notre première plongée doit se faire avec les otaries, trop génial! Et bien......elles sont là tous les jours paraît-il, sauf aujourd'hui! L'eau est à 14°, un courant monstrueux mais pas une otarie, Elles sont sur les rochers à côté de nous mais préfèrent profiter du soleil que se mettre à l'eau.
Mais qu'est-ce qu'on leur a donc fait à tous?
2° plongée de la journée , cette fois nous avons rendez vous avec les requins plats-nez, qui sont les requins les plus préhistoriques existant toujours. On est gelés mais on y croit! Sous l'eau on se retrouve dans une forêt de kelp, ce sont des algues gigantesques, de plusieurs mètres de haut, avec des troncs énormes, qui se balancent au rythme des courants, bon c'est bien, mais pas vu l'ombre d'un requin. Et avec tout ça il nous faut retraverser la ville en combi, mouillée cette fois!
Le moral des troupes est au plus bas, comment est-ce possible de jouer autant de malchance? D'accord, on sait bien que ce sont des animaux sauvages, etc, etc...on nous le répète à longueur de temps, mais quand même !
En fin d'après midi , on va marcher sur la plage pas trop loin, plein de pingouins sont là, mais ce n'est pas avec eux non plus qu'on avait rendez vous.
Demain devrait être un grand moment: la rencontre avec les grands requins blancs. C'est paraît-il la saison où ils chassent les otaries à fourrure, et font des bonds prodigieux hors de l'eau, fabuleux! Et aprés ça, on descend en cage pour les voir sous l'eau. On a rendez vous à 10 heures, il pleuviote et la température à chuté de plus de 10° cette nuit. A 9h30, la sentence tombe: avis de tempête sur Le Cap, interdiction à tous les bateaux de se rendre en mer. On dirait que tous les chats noirs et les corbeaux du pays se sont réunis autour de nous...
Alors on nous emmène faire un tour de ville: le cap de bonne espérance (ironique dans ce contexte )
et encore mieux on nous largue dans une immense galerie marchande, avec toutes ces marques qu' on trouve dans tous les pays du monde. Absolument passionnant! Le Cap n'est qu'une immense métropole , comme toutes celles que nous fuyons dans tous nos voyages: modernisme et bidonvilles côte à côte
La colère prend le pas sur la déception , tout le monde en a plus que marre. De dépit on va manger des crevettes à volonté ce soir. Heureusement qu'il y a ça!
Dimanche dernière chance puisque nous partons lundi, et bien l'avis de tempête tient toujours, plus d'illusions à se faire. On nous propose quand même de refaire la plongée aux requins d'hier, puisque celle-ci est à l'abri dans la baie. 8° dehors, 13° dans l'eau, faut en vouloir! Et bien sûr rien au rendez vous sinon quelques petits requins timides (c'est leur nom) qui ne dépassent les 30 cm de long, follement excitant....Par contre, les autres groupes de plongeurs qui ont plongé au même endroit que nous hier se sont bien amusés avec les phoques..... J'ai envie d'hurler.
Ce voyage qui devait être de nos plus beaux (et le plus cher!) a été un incroyable fiasco. Je suis éberluée qu'autant d'éléments en notre défaveur aient pu se regrouper ainsi. Qu'il y ait des loupés, bien sûr que ça arrive, mais là....C'était notre 2° voyage en Afrique du Sud ( le 1° au moins nous avions vu des centaines de grosses bêtes dans la savane) , mais probablement le dernier.
Et puis quand je parle de malchance, preuve que je n'exagérais pas: en notre absence, des cambrioleurs sont passés par la maison. Dur de garder le moral....

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